Entretien Michel Dudeck, partenaire du projet HIPER
Michek Dudeck est chercheur au à l’Institut de Combustion Aérothermique Réactivité et Environnement (ICARE UPR CNRS Orléans). Il étudie la propulsion électrique appliquée à l’espace. Il nous livre son expérience lors de la participation à un projet européen COOPERATION.
- Pourriez-vous nous dire quelques mots sur votre parcours dans le monde de la recherche ?
Après avoir obtenu une thèse d’Université, puis une thèse d’Etat en 1982 à l’Université Pierre et Marie Curie (Paris6), j’ai dirigé une équipe de recherche étudiant expérimentalement les plasmas se formant autour des véhicules traversant l’atmosphère terrestre à vitesse hypersonique. Après ces études consacrées en particulier au planeur hypersonique européen Hermès, je me suis orienté vers l’étude des plasmas se formant autour des sondes traversant les atmosphères planétaires (Mars, Titan) dans le cadre de programmes français et européens. Depuis 1996, je dirige un Groupement de Recherche CNRS/CNES/Snecma/Universités étudiant les moteurs à plasma pour les satellites géostationnaires de télécommunication.
Après avoir été depuis 1967 au laboratoire d’Aérothermique (devenu ensuite l’institut ICARE par regroupement avec le LCSR à Orléans), j’ai rejoint en 2009 l’institut Jean le Rond d’Alembert de l’Université Pierre et Marie Curie (Paris 6).
- Pouvez-vous nous parler un peu plus en détail du projet européen dont vous faites partie ?
Actuellement, les propulseurs à plasma sont utilisés principalement pour le maintien à poste des satellites de télécommunication placé sur l’orbite géostationnaire (pour la téléphonie, la télévision, l’internet haut débit, l’observation). Ces propulseurs sont retenus en raison de leurs hautes performances (fiabilité, économie importante en consommation d’où un fort gain en masse). La puissance électrique requise, d’origine solaire, est de l’ordre de 1,5kW.
Le projet HIPER porte sur l’étude d’un propulseur de très forte puissance 20kW pour réaliser des missions lointaines d’exploration. Passer de 1,5kW à 20kW n’est pas simplement un changement d’échelle. Le projet HIPER comporte donc une première année d’étude permettant de définir un nouveau moteur (ICARE Orléans : loi d’échelles, Alta Pise : étude thermique, ONERA Toulouse : étude matériaux, Inasmet San Sebastien : fabrication de céramiques, Laplace Toulouse et IPPLM Varsovie : modélisation, LPP Palaiseau : cathode), une seconde année de construction du moteur ( ICARE Orléans) et une troisième année pour des tests à puissance réduite (ICARE et GREMI Orléans).
- Qu’est-ce qui vous amené à faire partie d’un projet européen ?
La thématique « moteur à plasma » est au centre des mes activités de recherche et ce projet européen était une forte opportunité pour s’engager dans l’étude des propulseurs de fortes puissance dans le domaine spatial.
- Est-ce que le projet européen peut avoir une influence sur la manière de faire de la recherche dans un laboratoire ? Fait-on de la recherche différemment lorsqu’elle se passe dans le cadre d’un projet européen ?
Les laboratoires travaillent en grande partie dans le cadre de contrats : Agence National de la Recherche (ANR), PCRD 7 de la Communauté Européenne, Technical Research Programme de l’ESA, industrie, organismes nationaux tels que le CNES …, les chercheurs ont donc une longue habitude de travailler dans le cadre de projets, il n’y a pas à mon avis une recherche effectuée différemment si le projet est européen.
- Qu’est-ce que cela vous apporte, professionnellement et personnellement d’être impliqué dans un projet européen ?
Professionnellement, être retenu dans un projet européen est évidemment une reconnaissance de la qualité de son travail mais aussi une opportunité pour renforcer ou développer des liens avec d’autres laboratoires français ou européen. Cependant, pour les personnes acceptant des responsabilité de coordination dans un projet européen, il est certain que cela se traduit par des tâches administratives assez prenantes.
- Avez-vous des recommandations ou des remarques à donner aux chercheurs souhaitant répondre aux prochaines appels à projet européens ?
Quelques remarques :
Des discussions sont à mener le plus tôt possible avec le service des relations européennes de son organisme. Les discussions préalables entre les partenaires européens sont souvent longues avant de finaliser le projet avant son dépôt, il ne faut donc pas sous-estimer le temps nécessaire. Enfin, un projet européen ne permet pas des reports des délais et en cela il est nécessaire de bien prévoir son activité et l’organisation de son travail pendant toute la durée du contrat.
- Ce projet européen vous a-t-il donné des nouvelles opportunités de recherche ?
Sans ce projet européen, il n’y aurait pas eu aujourd’hui de recherche menée en France sur la propulsion par plasma de forte puissance. Les compétences et les moyens d’essai existent mais le projet européen a permis de disposer d’un budget important pour engager cette recherche et proposer à l’Europe un propulseur pour les mission d’exploration.
- Avez-vous des idées de projet(s) pour les mois/années à venir ?
Je coordonne un projet européen dans le cadre FP-7 (France, Italie, Portugal, Grande-Bretagne, Ukraine) pour le lancement d’un microsatellite équipé de propulseurs électriques et d’instruments scientifiques. Ce projet sera déposé en novembre 2010.
site internet du projet HIPER : http://www.alta-space.com/hiper/



