Programmes européens
Connaissez-vous les appels à projets européens?

Entretien avec Thierry Dudok de Wit, partenaire du projet SOTERIA

source de l'image : http://www.maraval.org/UPLOADS/PORTRAITS%201000%20CHERCHEURS%20D%3EG/

Thierry Dudok De Wit est chercheur au LPC2E (Laboratoire de Physique et Chimie de l’Environnement et de l’Espace )à Orléans. Il étudie la météorologie de l’espace et le lien présumé entre soleil et réchauffement climatique et nous livre son expérience lors de la participation à un projet européen COST.

Pourriez- vous nous dire quelques mots sur votre parcours dans le monde de la recherche ?

Un parcours en zig-zag… Après une thèse et un post-doctorat sur l’étude expérimentale de plasmas de fusion thermonucléaire, j’ai travaillé pendant plusieurs années sur les systèmes dynamiques et la physique non-linéaire, avant de m’intéresser à l’environnement spatial. Je travaille actuellement au Laboratoire de Physique et Chimie de l’Environnement et de l’Espace (LPC2E, Orléans), où mes centres d’intérêt sont désormais la météorologie de l’espace et le lien présumé entre Soleil et réchauffement climatique. En fait, c’est à l’interface entre des thématiques différentes que je me sens le plus à l’aise.

Pouvez-vous nous parler un peu plus en détail du projet européen dont vous avez fait partie ?

Il s’agit d’un projet collaboratif dans le domaine « Espace ». Ce projet, nommé SOTERIA (Solar Terrestrial Interactions and Archives), réunit 16 instituts et PME en Europe. Son objectif est la meilleure valorisation des données spatiales recueillies par divers satellites et observatoires en Europe dans le but de mieux comprendre l’activité solaire et son impact sur l’environnement terrestre. Certaines tâches relèvent de la recherche fondamentale (analyse de données, développement de codes de simulation) alors que d’autres sont très appliquées (mise en place d’un observatoire virtuel, d’un système de prévision du flux UV solaire, etc.).

Qu’est ce qui vous a amené à participer à un projet européen ?

Ma première expérience fut la participation à une action COST (European Cooperation in Science and Technology). J’intégrai ce projet alors qu’il avait déjà commencé. Il fut une révélation car il me fit découvrir l’énorme potentiel d’une action concertée entre chercheurs ayant des compétences complémentaires. Plusieurs personnes de cette action COST émirent ensuite le souhait de poursuivre les collaborations dans un cadre plus restreint.  C’est ainsi que naquit le projet SOTERIA, dans lequel je suis responsable d’un des thèmes.

Fait-on de la recherche différemment lorsqu’on est dans le cadre d’un projet européen ?

Certainement, même si le LPC2E est un laboratoire spatial qui fonctionne déjà en partie selon une logique de projets.

Un projet européen entraîne des obligations contractuelles et apporte diverses contraintes telles que les échéances, le suivi du cahier des charges, la déclaration du temps consacré à chaque tâche, etc. En contrepartie, il permet de se donner les moyens de se consacrer pleinement à une tâche, en recrutant pour cela de jeunes chercheurs, en s’équipant de matériel adapté, en allant visiter d’autres équipes, etc. Pour les enseignants-chercheurs comme moi, qui sont souvent frustrés de ne pas disposer de davantage de temps pour mener à bien leurs projets de recherche, c’est une excellente opportunité pour progresser sur un sujet précis.

Le caractère temporaire du financement est un handicap, surtout sur le plan des moyens humains. Il nous entraîne inexorablement dans un cercle vicieux où il faut monter un nouveau projet avant même que l’actuel soit achevé. Mais si le projet est bien constitué, il reste une part de liberté importante pour explorer d’autres issues, laisser libre cours à sa créativité, et ne pas s’enfermer dans une logique de rendement immédiat. Je tiens beaucoup à cette marge de liberté. Je constate cependant avec regret que le temps consacré au montage de projets va en augmentant.

Que vous aura apporté votre participation au projet SOTERIA, professionnellement et personnellement ?

D’abord la richesse des contacts avec d’autres chercheurs, la découverte d’autres approches et d’autres cultures. C’est une expérience à la fois humaine et scientifique. Sur un plan purement matériel, le financement généreux des projets européens est évidemment appréciable pour s‘équiper et voyager. Nous en avons fait profiter d’autres personnes de notre équipe et notamment des doctorants qui ne faisaient pas partie du projet, mais travaillent cependant sur les mêmes thématiques.

En revanche, la lourdeur de la gestion administrative et financière d’un projet FP7 a de quoi effrayer. Je constate que les établissements étrangers sont souvent mieux équipés que nous pour porter une telle charge. Je note aussi que la prise de responsabilité dans un projet FP7 ou COST est peu considérée en France (du moins dans la communauté spatiale) alors que d’autres pays en font un critère d’activité important.

Avez-vous des conseils pour les chercheurs qui souhaiteraient répondre aux prochains appels à projets européens ?

>  Anticiper. La maturation d’un bon projet demande plusieurs mois. Les informations diffusées par des organismes  tels que la Cellule Mutualisée sont utiles pour anticiper les appels d’offres.

>  S’entourer de collègues qui ont déjà l’habitude de ce genre d’exercice.

>  Demander conseil aux « scientific officers » à Bruxelles. Leurs critiques et conseils sont précieux.

Ce projet européen vous a-t-il donné de nouvelles opportunités de recherche ?

SOTERIA a été un formidable tremplin pour établir de nouvelles collaborations. Aujourd’hui presque toutes mes activités de recherche se font dans le cadre de tels projets européens. De par leur ampleur et leur caractère plus multidisciplinaire, ces projets me conviennent mieux que les projets nationaux de type ANR.

Avez-vous des idées de projet(s) pour les mois/années à venir ?

Oui, un projet européen consacré à la prévision des orbites de satellites vient d’être accepté. Un autre projet sur l’imagerie solaire est en cours de montage. Tous deux sont une émanation de SOTERIA. Et en ce moment je me consacre surtout au montage d’un réseau COST multidisciplinaire sur le lien Soleil-climat.

lien vers le projet : http://soteria-space.eu/