Témoignages

Dr Cécile Frémond est vétérinaire, phD, Ingénieure de Recherche première Classe au CNRS, Directrice de l’UPS44 TAAM CNRS (Unité Propre de Service du CNRS – Transgenèse et Archivage d’Animaux Modèles).

Le TAAM est un laboratoire du CNRS qui offre des services à la communauté scientifique autour du modèle animal souris et rats de laboratoire depuis plus de 60 ans. Il est prestataire de services pour environ 450 clients des secteurs académiques essentiellement mais pour certains clients du secteur industriel. Il n’y a pas de chercheurs au sein du laboratoire, mais il fournit des modèles d’étude pour des chercheurs en biologie, pharmacie, médecine et travaille donc en collaboration/prestation de services avec les chercheurs sur le territoire national ou international.

Pouvez-vous nous parler un peu de votre projet H2020 ? De quoi s’agit-il ?

Le projet INFRAFRONTIER est en fait le résultat d’un réseau de longue date. Le TAAM est membre fondateur du premier « regroupement » au niveau européen des plateformes de services pour la recherche. A l’origine, ce premier noyau constituait l’EMMA (European Mouse Mutant Archive) https://www.infrafrontier.eu/ . Le but était de constituer la première ressource européenne de modèles murins pour la recherche (archivage et distribution). Nous étions l’un des centres d’archivage et distribution reconnus au niveau européen. Puis INFRAFRONTIER s’est créé en intégrant EMMA et ayant un but plus large de faciliter l’accès aux modèles murins et de proposer des services autour de ces modèles (création de modèles, phénotypage). Au fil des financements européens dans lesquels nous étions toujours impliqués notamment pour poursuivre notre mission d’archivage et distribution de modèles, l’infrastructure européenne s’est construite, renforcée et a développé des services de plus en plus performants, des outils, de la R&D, des collaborations entre structures, etc

Ce nouveau financement H2020, « INFRAFRONTIER2020 » permet à l’infrastructure européenne d’évoluer dans la même dynamique, en améliorant certaines pratiques comme la communication ou la gestion des données, et en développant de nouveaux services notamment sur des modèles de vieillissement, d’étude du microbiote et de phénotypage secondaire.

Le rôle de notre laboratoire consistera à continuer de représenter un centre de ressources en modèles murins (cryoarchivage et distribution) et à fournir désormais des modèles d’animaux axéniques (germ-free) nécessaires aux études sur le microbiote.

Qu’est-ce qui vous a amené à monter ce type de dossier ?

Comme dit précédemment, notre appartenance à cette infrastructure européenne est historique. Nous souhaitons continuer la mission que nous avons pu accomplir jusque-là : l’archivage de 1 500 lignées murines d’intérêt scientifique. Cette mission est loin d’être terminée et est encore très utile au vu des demandes de distribution de modèles que nous pouvons recevoir chaque année. Le TAAM, fort de son expérience de plus de 20 ans sur les modèles axéniques, a voulu également, dans ce nouveau programme H2020, participer à la nouvelle mission de l’infrastructure qu’est la distribution de modèles axéniques.

Qu’est-ce que cela vous apporte, professionnellement et personnellement, d’être impliquée dans un projet européen ?

Je ne suis pas chercheuse : le projet ne vient donc pas ajouter à un projet de recherche personnel. Les impacts du projet sont surtout visibles à l’échelle du laboratoire . Cela apporte non seulement un financement (même si pour ce programme, il est beaucoup plus restreint qu’auparavant), mais également de la stimulation scientifique (réunion de travail entre centres, échanges de techniques, meetings annuels…) et une visibilité réelle au niveau européen. Ce projet nous donne également des possibilités pour améliorer nos méthodes.

Thierry Dudok De Wit est chercheur au LPC2E (Laboratoire de Physique et Chimie de l’Environnement et de l’Espace) à Orléans. Il étudie la météorologie de l’espace et le lien présumé entre soleil et réchauffement climatique et nous livre son expérience lors de la participation à un projet européen COST.

Pourriez- vous nous dire quelques mots sur votre parcours dans le monde de la recherche ?

Un parcours en zig-zag… Après une thèse et un post-doctorat sur l’étude expérimentale de plasmas de fusion thermonucléaire, j’ai travaillé pendant plusieurs années sur les systèmes dynamiques et la physique non-linéaire, avant de m’intéresser à l’environnement spatial. Je travaille actuellement au Laboratoire de Physique et Chimie de l’Environnement et de l’Espace (LPC2E, Orléans), où mes centres d’intérêt sont désormais la météorologie de l’espace et le lien présumé entre Soleil et réchauffement climatique. En fait, c’est à l’interface entre des thématiques différentes que je me sens le plus à l’aise.

Pouvez-vous nous parler un peu plus en détail du projet européen dont vous avez fait partie ?

Il s’agit d’un projet collaboratif dans le domaine « Espace ». Ce projet, nommé SOTERIA (Solar Terrestrial Interactions and Archives), réunit 16 instituts et PME en Europe. Son objectif est la meilleure valorisation des données spatiales recueillies par divers satellites et observatoires en Europe dans le but de mieux comprendre l’activité solaire et son impact sur l’environnement terrestre. Certaines tâches relèvent de la recherche fondamentale (analyse de données, développement de codes de simulation) alors que d’autres sont très appliquées (mise en place d’un observatoire virtuel, d’un système de prévision du flux UV solaire, etc.).

Qu’est ce qui vous a amené à participer à un projet européen ?

Ma première expérience fut la participation à une action COST (European Cooperation in Science and Technology). J’intégrais ce projet alors qu’il avait déjà commencé. Il fut une révélation car il me fit découvrir l’énorme potentiel d’une action concertée entre chercheurs ayant des compétences complémentaires. Plusieurs personnes de cette action COST émirent ensuite le souhait de poursuivre les collaborations dans un cadre plus restreint.  C’est ainsi que naquit le projet SOTERIA, dans lequel je suis responsable d’un des thèmes.

Fait-on de la recherche différemment lorsqu’on est dans le cadre d’un projet européen ?

Certainement, même si le LPC2E est un laboratoire spatial qui fonctionne déjà en partie selon une logique de projets.

Un projet européen entraîne des obligations contractuelles et apporte diverses contraintes telles que les échéances, le suivi du cahier des charges, la déclaration du temps consacré à chaque tâche, etc. En contrepartie, il permet de se donner les moyens de se consacrer pleinement à une tâche, en recrutant pour cela de jeunes chercheurs, en s’équipant de matériel adapté, en allant visiter d’autres équipes, etc. Pour les enseignants-chercheurs comme moi, qui sont souvent frustrés de ne pas disposer de davantage de temps pour mener à bien leurs projets de recherche, c’est une excellente opportunité pour progresser sur un sujet précis.

Le caractère temporaire du financement est un handicap, surtout sur le plan des moyens humains. Il nous entraîne inexorablement dans un cercle vicieux où il faut monter un nouveau projet avant même que l’actuel soit achevé. Mais si le projet est bien constitué, il reste une part de liberté importante pour explorer d’autres issues, laisser libre cours à sa créativité, et ne pas s’enfermer dans une logique de rendement immédiat. Je tiens beaucoup à cette marge de liberté. Je constate cependant avec regret que le temps consacré au montage de projets va en augmentant.

Que vous aura apporté votre participation au projet SOTERIA, professionnellement et personnellement ?

D’abord la richesse des contacts avec d’autres chercheurs, la découverte d’autres approches et d’autres cultures. C’est une expérience à la fois humaine et scientifique. Sur un plan purement matériel, le financement généreux des projets européens est évidemment appréciable pour s’équiper et voyager. Nous en avons fait profiter d’autres personnes de notre équipe et notamment des doctorants qui ne faisaient pas partie du projet, mais travaillaient cependant sur les mêmes thématiques.

En revanche, la lourdeur de la gestion administrative et financière d’un projet FP7 a de quoi effrayer. Je constate que les établissements étrangers sont souvent mieux équipés que nous pour porter une telle charge. Je note aussi que la prise de responsabilité dans un projet FP7 ou COST est peu considérée en France (du moins dans la communauté spatiale) alors que d’autres pays en font un critère d’activité important.

Avez-vous des conseils pour les chercheurs qui souhaiteraient répondre aux prochains appels à projets européens ?

>  Anticiper. La maturation d’un bon projet demande plusieurs mois. Les informations diffusées par des organismes  tels que la Cellule Mutualisée sont utiles pour anticiper les appels d’offres.

>  S’entourer de collègues qui ont déjà l’habitude de ce genre d’exercice.

>  Demander conseil aux « scientific officers » à Bruxelles. Leurs critiques et conseils sont précieux.

Ce projet européen vous a-t-il donné de nouvelles opportunités de recherche ?

SOTERIA a été un formidable tremplin pour établir de nouvelles collaborations. Aujourd’hui presque toutes mes activités de recherche se font dans le cadre de tels projets européens. De par leur ampleur et leur caractère plus multidisciplinaire, ces projets me conviennent mieux que les projets nationaux de type ANR.

Avez-vous des idées de projet(s) pour les mois/années à venir ?

Oui, un projet européen consacré à la prévision des orbites de satellites vient d’être accepté. Un autre projet sur l’imagerie solaire est en cours de montage. Tous deux sont une émanation de SOTERIA. Et en ce moment je me consacre surtout au montage d’un réseau COST multidisciplinaire sur le lien soleil-climat.

Lien vers le projet : http://soteria-space.eu/

Mathilde Gralepois est maître de conférences en aménagement – urbanisme, à l’UMR CNRS 7324 – CItés,  TERritoires, Environnement, Sociétés (CITERES). Elle enseigne dans le Département d’Aménagement et d’Environnement de l’Ecole Polytechnique Universitaire de l’Université François-Rabelais de Tours.

Pouvez-vous nous parler un peu de votre projet JPI Climate ? De quoi s’agit-il ?

Les programmes JPI Climate sont des initiatives conjointes à plusieurs pays membres de l’Union Européenne. Leur objectif est de faire avancer la recherche sur les questions climatiques et les initiatives transnationales d’adaptation aux transformations environnementales.

Le Projet TRANSADAPT s’inscrit dans le programme JPI Climate 2013 (http://www.jpi-climate.eu/2013projects/transadapt) Son enjeu est d’étudier les initiatives locales de mise en œuvre de projets de prévention des risques naturels afin de saisir les effets sur les modes de gouvernance classique, mais aussi les résultats en terme de gestion multi-usage des sites inondables constructibles.

Qu’est-ce qui vous a amené à monter ce type de dossier ?

Je suis jeune maître de conférences, les réseaux comptent énormément ! C’est un collègue autrichien qui enseigne dans notre Département d’Aménagement et d’Environnement de l’Ecole Polytechnique Universitaire de l’Université François-Rabelais de Tours qui m’a proposé cette collaboration. Cette idée lui avait été aussi soufflée par les partenaires rencontrés lors d’un précédent projet de recherche européen auquel j’avais participé : 7th PCRD STARFLOOD (www.starflood.eu)

Qu’est-ce que cela vous apporte, professionnellement et personnellement, d’être impliquée dans un projet européen ?

Cela m’apprend la gestion de projet. Je coordonne l’équipe France du projet TRANSADAPT. Il y a un véritable apprentissage de la répartition des tâches au sein d’une équipe, dans laquelle 3 établissements d’enseignement supérieur collaborent (ESGT du Mans, INSA Ecole Paysage de Blois et Université de Tours). Mais il y a aussi la relation avec les 3 autres équipes européennes du projet (Ireland, Netherlands, Austria).

Ce projet européen vous a-t-il donné de nouvelles opportunités de recherche ?

Pour le moment, nous publions les articles liés au projet de recherche. En ce sens, ce sont de belles opportunités de publication dans des revues internationales. Et comme ce projet est issu d’un réseau constitué précédemment par un autre projet européen, je ne doute pas que celui là apportera aussi de futures collaborations !

Est-ce que le projet européen peut avoir une influence sur la manière de faire de la recherche dans le laboratoire ?

En tant qu’enseignante – chercheuse, il me paraît important de joindre les dynamiques pédagogiques et les opportunités de recherche : les deux missions doivent être en synergie.

Anne-Madeleine Goulet, lauréate d’un ERC Consolidator, Elisabeth Herniou, lauréate d’un ERC Starting Grant et Philippe Dagaut, lauréat d’un ERC Advanced Grant ont témoigné de leur expérience en tant que porteurs de projet européen lors de la table ronde qui a eu lieu le 20 mars 2017 à Orléans, à l’occasion des 10 ans de la Cellule Europe Recherche et de l’ERC.

Ils ont évoqué l’apport de la bourse sur leur projet, la phase du montage de projet, l’impact que le projet avait eu sur leur carrière, en échangeant dans un premier temps avec Géraldine Léonard, puis en répondant aux questions lancées par le public.

Retrouvez la vidéo de leurs échanges en cliquant ici (Table ronde du 20 mars pour les 10 ans de la Cellule Mutualisée “Europe-Recherche” et de l’ERC) .